• Chronique d'une mort annoncée

    Chronique d'une mort annoncée.

     Article* paru dans le blog syndical en avril 2011.

     

    Une interview du Secrétaire du CHSCT.

    Question. Est-il vrai qu'un salarié de Immo Q. Lasseck (IQL) s'est suicidé ?

    Réponse. Il faut croire, hélas. Réunis pour notre première séance trimestrielle du CHSCT de l'année, nous avons été surpris de constater la présence inopinée d'un membre qui se fait plutôt rare en général : le contrôleur de la CARSAT (Caisse d'Assurance Retraite et de la Santé au Travail / Sécurité Sociale). Le médecin du travail était là, lui aussi... Devant notre étonnement, il a simplement évoqué ce dramatique "fait divers" pour motif de sa présence chez nous : un salarié de IQL se serait pendu dans son agence. Donc... Le contrôleur venait voir comment ça se passait chez nous....

    Q. Et qu'a dit l'employeur ?

    R. Rien. Bouche cousue. Muet comme une carpe. Secret défense... Genre Fukushima. Mais j'ai pu en savoir un peu plus grâce au compte rendu d'une enquête terrain sur les conditions de travail de plusieurs IQL de France, menée par des confrères d’un autre syndicat. C'est édifiant ! Selon leurs dires, le salarié en question, âgé de 53 ans et père de trois enfants se serait suicidé sur son lieu de travail en laissant une lettre accusant la Direction de IQL. C'est tout simplement horrible ! La police judiciaire et l'Inspection du travail seraient à pied d’œuvre. Je compte bien en savoir davantage en questionnant notre DRH (qui est forcément au courant de l'affaire), le CHSCT de ce réseau IQL, voire les instances légales si c'est possible...

    Q. Et... Vous pensez que ça risque d'arriver chez vous ?

    R. J'espère sincèrement que non. Dans la mesure où notre réseau IQL n'est pas situé dans la même région... Mais... Il n'en demeure pas moins que d'après les échos que j'en ai, beaucoup d’autres IQL pratiquent la même politique managériale, sans attention pour la santé morale de leurs salariés. La nôtre n'y échappe pas. Et notre but au CHSCT, c'est d'alerter l'employeur, de prévenir que ne survienne un burning out aussi tragique ! On ne veut pas ressembler à France Telecom !

    Chronique d'une mort annoncéeQ. Vous avez choisi ce dessin pour illustrer ce drame...

    R. Oui. Il est extrait de l'ancien blog censuré. Malheureusement, il colle exactement à la situation, ne serait-ce que par sa dimension tristement prémonitoire.

    Q. Que voulez-vous dire ?

    R. Et bien, des signes avant-coureurs sont à prendre en compte chez nous comme ailleurs : l'absentéisme, les arrêts de travail (souvent pour dépression nerveuse), la baisse du chiffre et plus emblématique encore : le turn over. Il est de presque 50 % par an ! Vous vous rendez compte : un salarié sur deux !

    Q. : Mais n'est-ce pas fréquent dans l'immobilier ?

    R. : Peut-être... et quand bien même, est-ce une raison ? Avant, ça se passait "en famille", dans des petites structures où on ne pouvait pas mesurer l'ampleur du problème, parce qu'elle restait confinée à des cas isolés, sans lien apparent avec une attitude managériale vécue sans remise en question. D'autre part, n'est-ce pas à nous, réseau organisé de centaines d'agences, enseigne nationale renommée, filiale d'une des plus grandes banques françaises, de montrer l'exemple sur la préservation de la santé mentale de nos salariés et sur la prévention des risques psycho-sociaux ? Au-delà de la santé financière de l'entreprise, qui en pâtit forcément, ne l'oublions pas, c'est une obligation morale de sa part.

    Q. Vous voulez parler de stress ?

    R. Chut... C'est un mot tabou chez IQL ! L'employeur nie catégoriquement que ses salariés subissent une quelconque pression ou un manque de reconnaissance pouvant affecter leur bien être au travail...

    Q. Donc sa performance, et par voie de conséquence, celle de l'entreprise...

    R. Exactement ! Selon la Direction, "La vérité est ailleurs..."

    Q. Pourtant, les managers ont reçu une formation de deux jours, non ?

    R. Cautère sur jambe de bois ! Face à un problème général important, on répond par une mesurette, histoire de dire qu'on a fait quelque chose... Il n'empêche, je peux vous assurer que depuis plusieurs mois, les salariés sont désemparés et à bout ! C'est triste à dire, mais seule la peur du chômage les retient... Et pourtant tous sont prêts à s'investir, quand on ne les a pas déjà "remerciés" de s'être investis sans rechigner.

    Q. Quel demandez-vous à IQL ?

    R. Tout d'abord j'invite urgemment l'employeur à cesser cette politique de l'autruche qui consiste à n'entendre que la culture du résultat, du chiffre, au détriment de l'empathie, de l'humain. Et je me permets ici de l'alerter à nouveau sur les risques psycho-sociaux (RPS) afin qu'il accepte de coopérer vraiment avec nos instances représentatives du personnel au lieu de les tenir à distance par le silence et le déni. A défaut d'information, un peu de communication de sa part serait bienvenue.

    Q. Justement, s'il y en avait qu'une, quelle serait la question que vous poseriez à la Direction ?

    R. Comment s'appelait notre collègue qui a mis fin à ses jours. Ce serait un bon début...

     

    * Les noms ont été changés ou supprimés.